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ECONOMIE ET CONSOMMATION COLLABORATIVE : ADAPTEZ VOTRE MODÈLE À CETTE NOUVELLE ÉCONOMIE AUX MULTIPLES VISAGES

 

Economie et consommation collaborative :  adaptez votre modèle à cette nouvelle économie aux multiples visages 

Chers consommateurs et entrepreneurs, n’avez-vous pas déjà ruminé que votre voiture restait bien trop longtemps inutilisée au garage ? Rien d’étonnant à votre réaction quand on sait qu’elle est à l’arrêt 92 % du temps ! Et que dire de votre perceuse que vous n’utiliserez que 12 minutes tout au long de votre vie ! Et que penser du DVD qui dort la plupart du temps ? De tels exemples consternants sont légions…Ne vous-êtes-vous alors jamais demandé pourquoi ne pas en faire bénéficier quelqu’un d’autre ? Si oui, alors, les mots “Economie et consommation collaborative” sont faits pour vous… !  Prêts, trocs, locations…de toute façon, de tout temps, les échanges entre particuliers ont existé, mais cette fois-ci, ils intègrent l’économie réelle et sont en passe de révolutionner notre économie…pour de bon…Alors, allons voir de plus près ce qui se cache sous cette nouvelle économie avec un grand C qui rend le consommateur plus que jamais acteur de sa consommation mais qui permet aussi de co-construire et de co-créer avec son client dans une logique partenariale et  surtout au plus près de son territoire !

Un contexte favorable à l’émergence de ce nouveau modèle

Dans un contexte économique de crise économique, sociale et environnementale, il est plus qu’urgent de se donner les moyens de satisfaire autrement ses besoins. L’enjeu est bien de consommer mieux en intensifiant l’usage des ressources qui sont à notre disposition et de démocratiser l’accès de tous au marché tout en faisant du bien à son pouvoir d’achat, et à la planète.

De plus, actuellement, un vaste changement culturel s’opère dans notre société : les nouvelles générations sont connectées en permanence à Internet, elles sont de plus en plus sensibilisées sur les nouveaux enjeux de développement durable et souhaitent pouvoir reprendre la main ; et il est indéniable qu’aujourd’hui, ces nouvelles générations sont beaucoup moins attachées à la propriété et cherchent à construire leur identité autour d’un réseau de partage….

Tous ces éléments de contexte sont donc favorables à l’émergence de cette nouvelle économie…alors justement, qu’est-ce que l’économie collaborative concrètement ?

Une économie créative et de bon sens qui est en passe de remodeler tout un pan de l’économie

L’économie collaborative représente tout simplement toutes les nouvelles formes de partage, d’échanges, de location entre particuliers qui sont permises par les sites internet. Simple, non ?…oui en apparence, mais plus complexe à mettre en œuvre…Pour nous parler plus en détail des concepts sous-jacents cette économie, écoutons l’expert en la matière, Antonin Léonard, co-fondateur du collectif OuiShare, un think tank et mouvement citoyen dédié au sujet de l’économie collaborative : « L’économie collaborative a émergé grâce à Internet et aux nouvelles possibilités de collaboration entre particuliers qui rendent possibles des échanges plus directs entre particuliers… ».

Et des plateformes d’échanges de service collaboratives, c’est pas ça qui manque…Drivy (sites de locations de voitures entre particuliers), Couchsurfing (échanges d’hébergements entre particuliers), la machine du voisin (partage de machines à laver entre particuliers), Friz biz (échanges de services entre particuliers) Kiss kiss bank bank (plateforme de crowfunding qui met en relation des créateurs de projets innovants et des contributeurs financiers prêts à investir dans ces dits projets), Zilok, I Lok you (1er réseau de location d’objets entre particuliers), Airbnb, Covoiturage, Blablacar, et j’en passe…Vous en avez tous très certainement déjà entendu parler…ces sites éclosent à la vitesse éclair, et font de plus en plus d’adeptes chaque jour. Quand on pense à la logique sous-jacente de ce modèle empreinte du plus gros bon sens, on se demande bien pourquoi ces sites n’ont pas émergé plus tôt…Mais c’est bien souvent au pied du mur et dans un contexte d’étau et de contraintes que l’homme retrouve son plus grand bon sens et sa créativité pour innover….Quand on pense aujourd’hui qu’il y a environ 1,5 millions d’inscrits sur le site de covoiturage, et environ 100 000 inscrits de plus chaque mois, on ne peut que mesurer l’ampleur du phénomène.

Cette économie est révolutionnaire puisqu’elle se base sur un concept « horizontal » régentée par des places de marché quand l’économie « verticale » classique se base sur des relations linéaires du fabricant au consommateur…Ecoutons à nouveau Antonin Léonard à ce sujet, « ces places de marché mettent en relation des personnes qui proposent et des personnes qui recherchent des biens ou des services, l’entreprise est un vecteur de mise en relation »…mais ne vous y trompez pas ! Derrière chacune de ces plateformes collaboratives se cachent une start-up qui a été capable d’identifier des micro-niches, des besoins de consommateurs et qui a su s’appuyer sur un business model solide…

 

 

Un nouvel eldorado pour les start-ups ?

Quand on prend par exemple le cas d’une entreprise américaine, qui propose de la garde d’animaux entre particuliers, et qui lève plus 5 millions de dollars, on ne peut être que stupéfait de la manne financière qui peut surgir de ces modèles…A priori, le business model paraît simple : il est basé sur un pourcentage à la transaction sur le chiffre d’affaires et doit atteindre une masse critique suffisante pour atteindre le seuil de la rentabilité. Et pourtant…ce modèle ne peut fonctionner seul avec la simple mise à disposition d’une plateforme : il suppose avant tout de générer de la confiance entre  inconnus et de cocréer une communauté d’ambassadeurs de la marque du site pour attirer de nouveaux utilisateurs…et ce site doit être pratique, bien désigné, avec une marque bien identifiée…Les utilisateurs membres du réseau de partage deviennent co-responsables de la qualité du service rendu. Ce qui suppose une confiance réciproque entre les membres, l’entreprise donnant la possibilité aux membres de s’évaluer à chaque partage de service. En bref, le modèle doit avant tout s’intéresser à l’humain.

« Les entrepreneurs qui réussissent le pari de l’économie collaborative sont de véritables artistes, ils doivent réussir à faire se rencontrer l’offre et la demande et rendre la marketplace, la place de marché liquide… ce qui va décupler les échanges en retour » explique Antonin Léonard…C’est un vrai travail prouesse et d’équilibriste pour réussir à atteindre cette masse critique : « c’est potentiellement plus facile à faire quand il s’agit d’un lieu d’échange local comme Airbnb qui échange des locations de vacances, que quand BlaBlaCar, le site de covoiturage en ligne, doit réussir à mettre en relation des personnes sur des trajets plus spécifiques et sur des segments plus restreints » rajoute Antonin Léonard.

Et les facteurs clefs de succès  à réunir pour réussir sont nombreux comme nous le rappelle très justement Antonin Léonard: « les entrepreneurs doivent se mettre en empathie vis-à-vis des utilisateurs finaux, comprendre l’expérience vécue par le client et proposer des démarches d’accompagnement qui permettent à l’utilisateur de proposer un service de qualité : ils doivent donc réfléchir fortement au design du service proposé dans sa globalité…par exemple en visualisant tous les points de contact avec les utilisateurs, en ligne et dans la vraie vie….. ». Pour exemple, Airbnb a monté des groupes à l’échelle d’un quartier pour aider les personnes proposant leur service d’hébergement à mieux accueillir les touristes…

Les entrepreneurs individuels ont finalement toute leur place et une grosse carte à jouer…mais attention aux mirages, certaines start-ups sont restés dans l’ombre sauf d’être arrivés au bon moment et d’avoir su identifier les vrais besoins des utilisateurs. Mais rassurez-vous il y a encore de la place, allez sur le bon coin et vous verrez que certains besoins sur des catégories de produits ne sont pas couverts !  En tout cas ce qui est sûr c’est que le développement de ces modèles est exponentiel…et que ce mouvement n’est pas prêt de s’arrêter…

Un modèle qui permet aussi d’innover et de cocréer avec le client et le consommateur

Mais d’autres modèles peuvent aussi entrer dans l’économie collaborative, notamment ceux qui entrent encore dans le champ de l’économie verticale traditionnelle et acceptent de décloisonner leur organisation pour co-construire avec le client dans l’innovation.

Prenons pour exemple les chaînes d’hôtels Mariott qui ont notamment lancé une plateforme collaborative qui permet de réfléchir avec la communauté sur la façon de réinventer le tourisme, et d’aider les clients à vivre autrement leurs expériences…Le cas d’Oxylane (Décathlon) est aussi à ce titre édifiant : il propose une plateforme openoxylane où les gens peuvent proposer des idées et services sur les produits : « et pourquoi pas inventer une table de ping pong trois fois plus grande ? »,  telles sont les questions qui peuvent s’échanger sur la plateforme et qui nourrissent des échanges forts sur la valeur et sur la faisabilité des idées….Enfin, comment ne pas parler de Dassault system, dans l’édition de logiciels, qui avant gérait les changements de produits en silos (R et D, Supply chain, Marketing etc) et qui depuis 2005, avec l’avènement des réseaux sociaux, a ouvert son processus d’innovation au consommateur en développant des applications sociales. L’enjeu étant pour eux d’embarquer les consommateurs dans « l’Ecodesign » ce qui permet de démultiplier l’écosystème de l’entreprise. Et ils sont tous affirmatifs : selon eux, c’est en agrégeant les connaissances et en faisant le lien avec le consommateur, qu’ils pourront développer de meilleurs produits.

Une économie révolutionnaire connectée aux enjeux de demain et aux impacts sociaux, sociétaux et environnementaux intéressants

De toute façon, cette économie aux antipodes de l’architecture de l’économie classique dérange indéniablement les grands groupes…Imaginez-vous ces nouvelles entreprises au modèle organisationnel radicalement différent, où ce sont les clients qui proposent les produits et les services ! Ceci dit, certains grands groupes ont su réagir à cette nouvelle vague et montent des partenariats avec les start-ups…et d’autres sont encore plus avancés comme Ikéa, qui propose à ses clients de faire du upcycling (recyclage à haute valeur ajoutée) en mettant une plateforme à disposition des clients qui souhaitent vendre leurs produits en fin de vie upcyclés ! Il fallait y penser non ? Mais pour cela, il faut ouvrir sur son écosystème en intelligence collective pour détecter les opportunités de collaboration et de partage. Rare encore sont les entreprises qui ont été capables de « mettre leur business model sur le grill » pour s’adapter à cette nouvelle économie…mais tous les secteurs vont devoir s’adapter (grande distribution, assurances, etc.).

Adieu donc l’économie ultra centralisée, hiérarchique, propriétaire de son écosystème et dominée par des grandes organisations. Cette économie vise elle à se reconnecter à l’économie locale réelle, en redonnant du pouvoir aux entrepreneurs, au territoire et au consommateur. Et en ce sens, au-delà des plus-values économiques, elle a des impacts sur trois piliers du développement durable : le sociétal, le sociétal et l’environnemental.

Les impacts économiques sont d’ailleurs plus qu’évidents : les opportunités sont immenses pour reconfigurer les relations entre les membres d’un écosystème, construire de nouvelles solutions et entrer dans de nouveaux marchés avec peu d’investissement et même mutualiser les services en tous genres…force est de constater que les entreprises partagent de plus en plus leurs locaux, leurs énergies, leurs flux et même leurs espaces logistiques… Dans un contexte de raréfaction des ressources et d’envol du prix des matières premières (cf. article sur l’économie de fonctionnalité),  l’usage collaboratif des ressources peut sans conteste devenir un vrai facteur de compétitivité pour les entreprises, notamment le partage de la flotte de véhicules sur les zones d’activités…le succès du site Bureau à Partager qui propose des plateformes de partage pour les bureaux ne peut que témoigner en ce sens.  Clément Alteresco, son PDG, donne des chiffres éloquents sur les espaces vacants et les potentiels d’optimisation. « Les entreprises ont besoin d’espaces flexibles, surtout en période de lancement, elles ne veulent pas de baux qui dure de 3 à 9 ans. Quand on sait qu’en Ile de France, sur les 20 Millions de m2 de bureau, 4,4 sont vacants et 15,6 mal utilisés ou sous utilisés, cela fait froid dans le dos ».

Les impacts sociétaux sont tout aussi visibles : ces nouvelles entreprises pensent clairement à l’échelle de l’écosystème, valorisent en effet les ressources locales dans un système innovant et ouvert qui permet de partager et de redistribuer équitablement la valeur créée… Au niveau sociétal, la finalité est donc bien de recréer du lien et de la cohésion sociale au sein des territoires et de redonner un peu d’humanité à l’échange marchand. Airbnb met d’ailleurs bien en scène ses services pour montrer que l’échange marchand est aussi l’occasion de créer du lien social entre les individus qui intègrent le réseau. Et cette économie redonne aussi du pouvoir aux acteurs d’un territoire : quand on prend l’exemple de la construction des bâtiments de demain, l’architecte doit maintenant intégrer une vision systémique et aborder son projet de façon collaborative avec l’ensemble des corps de métier. Le projet collaboratif doit être innovant, porteur d’impacts dans différents domaines (l’organisation, le confort, le bien-être etc…), et surtout créateur de valeur ajoutée pour le territoire…Si l’on prend l’exemple de Fondaterra, une plateforme multi-acteurs, qui permet de co-construire des projets innovants sur un territoire aussi bien dans le bâtiment, la mobilité, les espaces naturels agricoles, l’efficacité énergétique que dans la domotique en travaillant sur les usages notamment, il est certain que le territoire a de beaux jours devant lui…

Demain, de toutes les façons, nous vivrons en ville de façon très partagée : nous partagerons les parkings, les services dans les immeubles ainsi que l’accès aux services publics…de toute façon, ces nouveaux modes de vie ont déjà essaimé un peu partout sur le territoire. Et les acteurs de l’aménagement du territoire l’ont bien compris…

En conclusion, cette économie sert les enjeux de développement durable puisqu’elle mutualise les usages des produits et services sous-utilisés, qu’elle donne une seconde vie aux produits, et puisqu’elle permet au final au consommateur de payer moins cher ! Même si vous trouverez toujours des détracteurs pour vous parler du fameux  « effet rebond » qui entraînerait de la surconsommation : ce partage libèrerait soi-disant du pouvoir d’achat pour le consommateur qu’il dépenserait dans un autre acte d’achat…aucune étude ne l’a pour l’instant démontré…à suivre. Justement, allons voir du côté des consommateurs…

Une économie qui redonne la main au consommateur

Point n’est besoin de connaître le sujet du développement durable pour comprendre que les achats responsables des citoyens sont une clef essentielle pour le faire avancer : et point besoin d’être immergé dedans pour comprendre les limites du système : le consommateur est insuffisamment sensibilisé au sujet et contraint par son pouvoir d’achat. Alors justement, allons découvrir de nouveaux concepts de l’économie collaborative qui permettent de redonner la main et du sens aux achats des consommateurs justement…

Carrotmob est un concept qui vient des Etats-Unis et qui à l’aube de son succès, fait depuis 2010 le tour du monde : l’objectif s’inscrit parfaitement dans les principes de l’économie collaborative, il s’agit de redonner du sens aux dépenses des consommateurs et inciter les commerçants à mener des actions éthiques et responsables. Et le principe sous-jacent est très simple : c’est du donnant-donnant, les consommateurs de la communauté de Carrotmob s’engagent à acheter chez le commerçant et en contrepartie, celui-ci dédie un pourcentage du chiffre d’affaires ramené par la communauté à des actions sur le développement durable. Ecoutons Florian Guillaume, président de l’Association Carrotmob community, nous parler du processus : « chaque groupe organise localement sa campagne  et monte un évènement ponctuel chez un commerçant, épicier par exemple, et le jour j la communauté qui nous suit sur Face book peut ramener jusqu’à 500 consommateurs ».

Et les avantages sont nombreux pour le commerçant : ces derniers bénéficient d’un coup de projecteur et d’un regain d’image, génèrent du chiffres d’affaires supplémentaires et bénéficient d’accompagnements pour engager des actions plus écologiques…et quand on voit les actions menées, c’est plutôt du sérieux : d’ailleurs, Florian Guillaume l’affirme « nous sélectionnons le commerçant via un comité d’éthique avec un manifeste en 10 points  et nous essayons de promouvoir le meilleur»… Ce ne sont pas forcément des commerçants déjà engagés dans le bio d’ailleurs, et c’est plutôt rassurant : l’idée étant bien d’aider les commerçants classiques à avancer sur le sujet de façon pragmatique et non contraignante…Quand on voit la typologie des actions menées et quand on connaît le degré d’avancement des commerçants sur ce sujet, on ne peut être que ravi : écoutons à nouveau Florian Guillaume nous parler des actions menées« certains changent de fournisseurs d’énergie, d’autres développent un approvisionnement local et améliorent la qualité de leurs produits, certains s’investissent dans le champ sociétal et reversent un pourcentage de leur chiffres d’affaires à des associations etc… ». Et pour les accompagner, Carrotmob fait appel à un certain nombre de partenaires et de prestataires comme des fournisseurs d’électricité renouvelable, ou bien des experts pour mesurer les impacts environnementaux, sociaux et sociétaux des projets..

Aujourd’hui, si l’on fait les comptes, environ 25 000 consommateurs ont pu participer à ce genre d’évènements : une goutte d’eau dans la mer à priori et pourtant, le concept est novateur et très séduisant : les possibilités de développement sont immenses aussi bien en terme de cibles à toucher, grandes entreprises et PME qu’en terme de consommateurs. Et, pour cela, Carrotmob a bien l’intention de simplifier au maximum le parcours utilisateur et de réussir à toucher la masse en proposant des promotions et des incitations financières notamment…quant aux commerçants, ils sont aujourd’hui obligés de les sélectionner mais ils espèrent bien pouvoir rapidement démultiplier la force de frappe pour engager d’autres commerçants dans cette belle aventure, aux impacts environnementaux et sociétaux plus qu’évidents…

Et comme le souligne Florian Guillaume « aujourd’hui, la communauté a été établie et c’est bien cela l’essentiel, maintenant, on va pouvoir lancer tout le reste». C’est vrai qu’aujourd’hui encore, les chiffres d’affaires restent limités de par l’aspect « one shot » des évènements : mais le projet ne compte pas s’arrêter là, Carrotmob prévoit de développer un concept de longue durée, le « crowdbuying » qui permettrait aux consommateurs de récupérer des coupons sur internet et de débloquer ainsi un chiffres d’affaires plus important. Et Florian Guillaume conclut « A l’avenir, nous souhaiterions lancer un appel à projets ouvert à tous pour pouvoir déployer ces communautés à grande échelle…aujourd’hui, nous fonctionnons sur le modèle associatif avec des bénévoles et nous sommes en train de créer plusieurs entreprises sociales qui permettraient de satisfaire ces nouveaux besoins et de libérer plus de ressources pour toucher plus de commerçants qu’aujourd’hui, …notre modèle économique est en train de se construire».

De toute façon, il suffit d’être un peu imaginatif pour comprendre les opportunités qui se cachent derrière ce beau projet d’économie collaborative… permettre aux petits commerçants et aux grandes entreprises de se développer durablement. A quand des coupons chez EDF pour les inciter à passer aux énergies renouvelables ?…

De nombreux autres concepts émergent en ce sens, la Ruche qui dit Oui, notamment : ce nouveau concept permet de regrouper des consommateurs qui achètent directement auprès de leur producteur de région et permet de contrecarrer ainsi la logique sans fin des chaînes de l’agroalimentaire aux nombreux intermédiaires (supermarché, coopérative, grossiste, demi-grossites), où le consommateur paye globalement cher et le producteur souvent mal payé…La Ruche qui dit Oui permet justement de faire un commerce direct avec le producteur ; le producteur livre à partir d’un certain nombre de kilos à la ruche et les membres de la ruche viennent chercher leurs commandes…au final, c’est bénéfique pour tous : pour la personne qui ouvre une ruche qui acquiert des revenus complémentaires, pour les consommateurs qui bénéficient de produits de qualité à un meilleur prix d’achat et pour le producteur qui retrouve un peu de marge de manœuvre…

Après, ne nous leurrons pas, un vrai chemin reste à parcourir pour éveiller les consciences et pour inciter les consommateurs à devenir « consomm’acteurs »…et dans un contexte de crise et de resserrement budgétaire, c’est loin d’être simple…En attendant, il nous faut lever les freins et trouver les leviers pour déployer ce beau modèle…

Les ingrédients nécessaires au déploiement de ce nouveau modèle, les freins à lever

En tout premier lieu, la transformation numérique des entreprises est essentielle : et sur ce plan, nous sommes encore en retard. De plus, ce modèle s’appuie sur le réseau internet qui est fondamentalement horizontal, or, comme nous l’avons vu, de nombreuses entreprises fonctionnent encore à l’ancienne en vertical : pour réussir le déploiement de ce modèle au sein des grandes entreprises notamment, le chief digital officer doit avoir un rôle stratégique de premier plan.

Il est donc évident que la technologie est prête et que les applications collaboratives existent : mais les barrières culturelles restent fortes…les luttes d’ego sont bels et bien présents d’autant plus dans le contexte actuel qui transfère le pouvoir non pas à celui qui possède l’information mais à celui qui la partage…Cette nouvelle économie implique très clairement une révolution managériale et organisationnelle des entreprises qui doivent adapter leur gouvernance, leur structure et leur façon de fonctionner à ce modèle participatif et collaboratif…

Dans ce contexte de transformation, le rôle des pouvoirs publics est essentiel à plusieurs niveaux : l’Etat doit réguler et accompagner l’émergence de ce modèle, notamment en luttant contre la fracture numérique et en démocratisant l’accès de tous aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Mais l’état doit aussi combler les vides juridiques et fiscaux sur ces nouveaux services proposés par les particuliers…certaines personnes s’interrogent sur ce qu’elles ont droit de faire ou non.

Mais gare aux dérives sociales et sociétales !

Comme tout nouveau modèle émergent, l’homme peut en dévoyer les finalités sociétales, et pourtant on pouvait croire que l’intention de départ était bel et bien intentionnellement bienveillante : créer de la valeur partagée pour tous…

Les scandales sociaux qui ont émergé suite à l’arrivée d’Uber illustrent ces propos, qui se doivent néanmoins d’être nuancés…Uber ayant permis très clairement de sortir des personnes habitant des quartiers difficiles du chômage.

En tout cas, la finalité sociale ne doit pas être oubliée, en externe comme en interne …Employer des salariés dans des conditions inacceptables ne met certainement pas ce modèle à l’honneur. Mais comme ce sont bien les hommes qui modèlent nos sociétés et les projets afférents, certains entrepreneurs sortent du lot…par exemple, Juno propose une offre alternative à celle d’Uber en proposant notamment aux chauffeurs d’entrer au capital de l’entreprise.

Ce modèle a donc certes de beaux jours devant lui mais la richesse sociétale qui en découlera dépendra de deux éléments clefs :

  • de la responsabilité des entrepreneurs et de la communauté des utilisateurs
  • et de l’intelligence de la régulation publique : un cadre est nécessaire, des trous dans la raquette sont à combler, mais gare à ne pas brider ce beau modèle prometteur pour les ressources, les emplois et le lien social !
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L’ÉTHIQUE PROFESSIONNELLE : LA RENDRE CONCRÈTE POUR MIEUX SERVIR LA PERFORMANCE ET LES VALEURS DE L’ENTREPRISE !

« L’éthique, c’est bien beau mais ça ne veut rien dire », « c’est de la philosophie ce n’est pas concret et moi j’ai un business à faire tourner » « ce n’est pas éthique ni loyal de faire ça » « comment faire de l’éthique dans un marché concurrentiel sans valeur et où tous les coups sont permis ?! » etc.

 

Autant de remarques que j’ai pu entendre ces dernières années, et qui traduisent bien à mon sens la complexité du sujet. Mais rassurez-vous, non l’éthique n’est pas uniquement une affaire de sociologues réfléchis ! Et oui l’éthique est très concrète et très liée à la performance de l’entreprise ! Car elle touche de fait une dimension individuelle et collective et tous les domaines de l’entreprise…

 

Distinguer la morale de l’éthique

 

Derrière la morale, se cache la notion de bien et de mal, de ce qui est juste ou pas, de ce qui est acceptable ou pas.

 

Derrière l’éthique, nous sommes plus dans le cadre de références : elle propose de s’interroger sur les valeurs morales et les principes moraux qui devraient orienter nos actions dans différentes situations dans le but d’agir conformément à ceux-ci. Autrement dit, ce cadre nous aide à identifier les décisions et les situations qui sont souhaitables ou non.

 

Ramenée à l’entreprise, l’éthique s’exprime à travers un ensemble de règles devenues plus ou moins explicites suite à un ensemble de valeurs affichées par l’entreprise.

 

Et puis il y a l’éthique comportementale, propre à l’individu, qui est régie par ses valeurs, ses croyances, ses convictions, et qui doit se conformer aux pratiques professionnelles attendues dans son milieu professionnel.

 

Tous les jours, nous nous interrogeons consciemment ou non sur nos comportements mais nous sommes aussi confrontés à des situations qui ne nous paraissent pas forcément éthiques…L’humain dérape si facilement sous la pression et les peurs inconscientes.

 

Allons justement voir les dérives possibles et les facteurs de la vie des affaires qui peuvent entraîner des dilemmes éthiques.

 

Les facteurs qui font naître des dilemmes éthiques dans la vie des affaires

 

Nous avons tous en tête des pratiques douteuses, abusives, voire interdites, qui vont à l’encontre des bons usages du secteur ou des codes de déontologie.

 

Pourtant, le cadre règlementaire existe :  code du commerce, le code monétaire et financier, le code civil, le code de la propriété intellectuelle, le code de la consommation, le code du travail…

 

Dans les transactions commerciales qui n’a pas été confronté à des donneurs d’ordre :

  • qui ne respectent pas les délais de paiement[1]
  • qui imposent leurs conditions générales d’achat, sans clauses de révision des prix, (ce qui peut avoir des effets dramatiques sur les fournisseurs en cas de flambée des coûts de matières premières)
  • qui rompent brutalement une relation commerciale établie sans raison ? Ou de ceux qui détournent la propriété intellectuelle de leurs fournisseurs ?
  • qui annulent une commande sans indemnités ?
  • qui ne paient pas les études et expertises réalisées par leurs fournisseurs ?

 

 

Que dire des commerciaux au discours quelquefois mensonger qui poussent l’avantage jusqu’à bluffer ? Et les conditions générales de vente qui ne sont pas toujours respectées ? Ou encore des contrats qui ne sont pas honorés sans contrepartie ni indemnités.

Le consommateur est souvent abusé par le manque de transparence et de lisibilité ou victime de pratiques commerciales trompeuses. Ainsi le cas des assurances vies où le taux de rémunération annoncé n’est pas respecté, ou encore des frais indus d’envoi des quittances de loyer ?

 

Quant aux passations des marchés dans la fonction publique, il y a encore de nombreux dysfonctionnements…soit les dés sont pipés d’avance, soit la grille de sélection n’est pas transparente, soit l’appel d’offres est très mal rédigé, soit ils s’arrangent pour s’entendre sur les prix avec certains fournisseurs.

 

Les relations avec la concurrence, pour emporter un marché « coûte que coûte » ou le garder conduisent à des pratiques plus que douteuses : ententes sur les prix, abus de position économiques, dumping économique, social, fiscal et maintenant écologique.

Il ne s’agit en rien d’accabler les acheteurs publics ou privés, mais de mettre en lumière que dès qu’il y a transaction commerciale, il y a un risque d’un côté comme de l’autre.

 

Dans les relations employeur / employé, là encore le principe de contractualisation amène à des obligations réciproques qui ne sont pas toujours respectées et qui posent des enjeux éthiques notamment au niveau RH et managérial :

* du côté patronal, la transparence de la rémunération, l’adéquation des moyens mis à disposition avec les tâches exigées, les libertés individuelles et collectives, l’accès à la formation, les risques de harcèlement, la discrimination, le burn out…

* du côté des salariés les fraudes du système maladie, les absences injustifiées, les cas de vols, des contrefaçons, etc. ?

 

 

Dans les fonctions communication et marketing, on finit par parler de fairwashing ou blanchiment éthique (en référence au fameux greenwashing), autrement dit utiliser l’image éthique de l’entreprise pour vendre alors que concrètement derrière, c’est l’arbre qui cache la forêt.

C’est notamment le cas de Samsung qui a été accusé de publicité mensongère et de pratique commerciale trompeuse par l’association Sherpa. En cause, les engagements affichés dans son code de conduite qui sont en totale contradiction avec les réelles conditions de travail sur le terrain et qui sont dénoncés par l’ONG China Labour Watch, cette entreprise étant accusée d’employer des mineurs de 14 ans, et de faire travailler ses ouvriers plus de 15 heures par jour.

 

Sans aller jusqu’aux actes de corruption actifs ou passifs, de nombreuses pratiques sont contraires à l’éthique car elles vont à l’encontre de la loi, des normes, des valeurs nobles de la société ou de la culture de l’entreprise, et de principes moraux implicitement acceptés. Que de scandales n’a-t-on pas entendu sur le non-respect des droits de l’homme, les pollutions environnementales, les abus sur les consommateurs, les licenciements abusifs, les délits d’initiés, les conflits d’intérêts ?

 

Mais au-delà des aspects moraux absolument fondamentaux, l’entreprise se doit de recenser tous ces facteurs à risque pour mieux avancer sur ce sujet…car il est au cœur de sa performance…

 

L’éthique au service de la performance de l’entreprise

 

L’éthique s’applique à tous les champs de l’entreprise : de la gouvernance au management, en passant par les processus comptables, financiers et opérationnels et les pratiques professionnelles.

 

Une entreprise doit prendre les bonnes décisions pour se projeter dans l’avenir et s’adapter au monde de demain. Bien évidemment que les dilemmes éthiques apparaissent en période de crise et de survie, mais une politique de long terme basée sur l’éthique ne peut que porter ses fruits à terme !

 

L’éthique est de toute façon dans les deux extrêmes : elle peut faire perdre beaucoup d’argent (les amendes se comptant souvent en centaine de millions d’euros), mais aussi beaucoup de clients en cas de survenue d’un scandale et peut même conduire l’entreprise à la faillite. Qui ne se souvient pas du scandale des prothèses mammaires de PIP ou de la viande ce cheval de Spanghero ? : dans ces deux cas, c’est à l’origine la mauvaise situation financière qui amène à faire des choix non éthiques mais au final, par son irresponsabilité et la gravité de ses actes, l’entreprise a terni son image et ne peut plus jamais se redresser, même avec de nouveaux investisseurs.

La réputation et l’image éthique de l’entreprise sont donc fondamentales : ce capital immatériel est souvent sous-estimé par les chefs d’entreprise, c’est bien dommage car une réputation solide peut faire gagner des clients et les fidéliser durablement !

 

La prise de décision est donc un préalable à l’éthique, surtout en période de crise : or, c’est justement la peur et le stress qui parasitent la prise de décision : il est donc essentiel de connaître ses peurs, ses déviances sous stress et ses valeurs pour comprendre les mécanismes qui guident nos choix. Les dirigeants et les managers devraient en avoir conscience et agir dans ce sens !

 

Par ailleurs, avoir des valeurs solides culturelles bien ancrées et des salariés formés et motivés qui se reconnaissent dans ces principes permet de pallier à des dilemmes éthiques ou du moins permet de mieux anticiper les crises et de prendre des décisions plus sages…au service de la performance de l’entreprise.

 

Et c’est bien en s’interrogeant sur l’éthique et en délibérant que l’on peut favoriser des prises de décision plus éclairées et plus justes, des décisions qui au final permettent d’être en phase avec les valeurs de l’entreprise et de créer de la valeur partagée pour les parties prenantes et la société, dans une logique de développement durable et de Responsabilité Sociétale de l’Entreprise.

 

Des enjeux éminemment sectoriels et métiers

 

L’éthique est profondément sectorielle et liée à un métier. Certains secteurs sont dits sensibles, comme la santé, la sûreté, ou encore la finance. Les enjeux et risques éthiques, les règles de ce qui se fait ou de de ce qui ne se fait pas, sont souvent dictés par des codes métiers de déontologie ou par des règles professionnelles de bon usage.

Certains métiers ont encore du chemin à parcourir !

– Dans le métier du digital, les enjeux de l’utilisation éthique des données sont énormes. La façon dont les marques utilisent ces données, et où l’utilisateur ne contrôle plus aucun accès…

– en matière de relation client : contrats illisibles, offres non transparentes, difficultés d’accès aux SAV etc., autant d’éléments qui sont négligés, notamment dans la téléphonie mobile

– dans les métiers du conseil qui sont confrontés aux relations déloyales entre confrères teintés de dumping sur les prix et de pillage intellectuel des connaissances et de l’information, ainsi qu’aux conditions de sous-traitance souvent scandaleuses !

 

Quant aux métiers eux-mêmes, les risques associés sont très ciblés : un salarié sur une ligne industrielle ne sera pas jamais touché par des problématiques d’anti-trust, alors qu’un acheteur le sera beaucoup plus.

 

La loi pour nous faire enfin avancer sur le sujet

 

La France a pris de l’avance sur le sujet en étant le premier pays à avoir ratifié les conventions de l’OCDE sur la corruption d’agents publics étrangers dans le commerce international ; 15 ans après, aucune entreprise n’a été condamnée pour des faits de corruption internationale. BNP Paribas ou Alstom ayant été condamnés à l’étranger…

D’ailleurs, selon une étude Ernst and Young, 44 % des entreprises françaises ne seraient toujours pas dotées de véritables programmes de conformité.

 

La loi Sapin 2 qui crée une obligation juridique de conformité pour les entreprises afin de prévenir le risque de corruption, devrait faire bouger les lignes…Le volet principal du projet de loi crée aussi un statut général et un régime de protection des lanceurs d’alerte…un véritable enjeu pour faire avancer l’éthique dans les entreprises, quand on sait que 1/3 des salariés ont déjà assisté à des fraudes,  à des pratiques, à des décisions contraires à la loi, au code du travail ou aux règles de leur profession,  selon une étude de Technologia.  Mais ces fraudes n’ont pas été forcément dénoncées, les salariés préférant bien souvent se taire par peur des représailles…le cas de Stéphanie Gibaud qui avait osé dénoncé les agissements d’UBS dans l’aide à l’évasion fiscale de fortunés français est à cet égard très poignant : elle a été licenciée et harcelée depuis et poursuit son combat en justice…Pourtant depuis 2007, beaucoup de textes sont sortis pour protéger les lanceurs d’alerte mais seulement sur certains domaines comme les crimes, les délits, la santé ou l’environnement.

 

Quelques lois récentes sur l’éthique allaient déjà dans le bon sens mais elles n’étaient pas suffisantes : la loi Hamon du 17 mars 2014 qui permet à des consommateurs de se regrouper et d’agir en justice quand ils sont victimes d’un même préjudice, la loi Chatel de 2008 qui réglemente les pratiques commerciales trompeuses…Elles sont un recours utile pour faire avancer le sujet

 

Les questions à se poser pour engager la démarche

 

Pour avancer dans sa démarche éthique, une entreprise se doit de s’interroger réellement sur ses engagements et ses pratiques professionnelles : sinon, elles risquent de se cantonner à de l’affichage éthique de codes pour se donner bonne conscience. C’est un travail important de fond qu’il convient de mener sinon l’entreprise risque de passer à côté de tous les bénéfices sous-jacents de la démarche.

 

Voici une liste synthétique de questions (non exhaustives) :

  • Les engagements sont-ils clairs sur le sujet ?
  • Sont-ils traduits en actes et comportements professionnels concrets ? Dans les façons de manager, de prendre les décisions, de monter les projets, dans les pratiques professionnelles opérationnelles du quotidien ? Est-ce que le personnel est sensibilisé ? interrogé ? formé ? Du moins le personnel le plus exposé ? Les commerciaux sont-ils formés sur les comportements proscrits dans les réponses à appels d’offres ?
  • Une cartographie des risques a-t-elle été réalisée ? …
  • Des actions concrètes sont-elles engagées pour lutter contre la corruption ?
  • L’entreprise a-t-elle une politique de prévention des conflits d’intérêts ? L’exemple du médiator et du laboratoire Servier illustre à merveille un conflit d’intérêt patent entre l’industrie pharmaceutique qui commercialise les produits et le monde médical chargé de les tester et de les prescrire.
  • L’entreprise a-t-elle engagé une démarche d’achats responsables où elle partage des objectifs communs, des règles de fonctionnement avec ses fournisseurs ?
  • Y-a-t-il un système d’alerte ? les salariés le connaissent-ils ? un code de déontologie sans système d’alerte ne sert à rien…
  • Un référentiel a-t-il été formalisé ?
  • Comment les cas de terrain sont-ils remontés ?
  • Les cadres décisionnels ont-ils été formés et coachés sur l’impact des prises de décision sur l’éthique de l’entreprise ?
  • L’entreprise a-t-elle rédigé des procédures ? des codes ? des chartes ? des méthodes et règles sur les prix / les normes ?

 

Mais pour faire avancer la démarche de l’entreprise, point ne sert de rédiger des procédures, des codes, d’auditer, voire de former si on ne travaille pas sur les comportements individuels. Or très peu d’entreprises le font : elles ne travaillent que sur l’éthique collective, certes fondamentale, mais insuffisante…

 

L’importance des comportements individuels pour se préparer

 

Pour commencer, réfléchissez à vos propres comportements et vous verrez que sur des choses de la vie quotidienne professionnelle, nous avons tous des attitudes qui sont parfois « limites ».

 

Qui n’a recopié une source d’information pour son blog / site web sans citer la source,

Qui n’a pas pris une image dans Google images, sans vérifier l’autorisation de réutilisation ?

Qui ne s’est pas survendu dans son CV ?

Qui n’a pas mis des logos d’entreprises clientes sur son site internet, sans avoir demandé leur autorisation ?

Quel chef d’entreprise n’a pas tenté » indirectement » lors d’un entretien d’embauche à en savoir un peu plus sur le risque de grossesse de la candidate ?

Quel RH n’a pas oublié de répondre aux candidatures lors d’un recrutement ?

Qui n’a pas déclaré son fichier à la CNIL ?

Etc etc…

Au-delà de ces actes de la vie courante, nous sommes parfois confrontés à des dilemmes éthiques profonds.  Une enquête de la CFE-CGC montrait en 2012 qu’un 1/3 des cadres avaient déjà eu à agir contre leur éthique…

Et dans le cas d’un dilemme, la valeur occupe une place centrale. Parfois, on est confrontés à un choix binaire entre deux valeurs et on ne peut pas les concilier.

Par exemple, rester loyal envers son supérieur qui demande de faire travailler des personnes au noir sur le chantier (loyauté versus équité) ; ou encore un médecin qui doit annoncer une maladie grave à une patiente (honnête versus bienfaisance). Dans ces cas, on est amené soit à hiérarchiser les valeurs et à agir selon celle qui est prioritaire ou bien on tente de trouver un compromis…et le rôle de l’éthique est justement de se demander quelles sont les valeurs les plus importantes et de comprendre quels sont les principes moraux qui sous-tendent notre délibération et notre décision.

Les salariés aujourd’hui sont insuffisamment préparés aux dilemmes éthiques qu’ils peuvent être amenés à rencontrer dans leur vie professionnelle, et pour cela, ils ont besoin de bien se connaître et d’être capables de se responsabiliser.

En tout cas, s’interroger et monter en conscience sur le sujet leur permet d’être plus mature, d’être dans une logique « d’empowerement » et de responsabilisation.

 

Monter en conscience, clarifier ses valeurs, connaître ses peurs, s’exprimer, adopter sa propre ligne de conduite, son positionnement, re-contextualiser : autant de travail personnel et professionnel à faire pour être capable de contrer les rationalisations qui sont couramment édictées en cas de dilemmes éthiques : « tout le monde le fait, c’est normal », « l’impact n’est pas si significatif », « ce n’est pas de ma responsabilité ».  Une vision fragmentée de la chaîne de responsabilité est d’ailleurs très souvent un facteur aggravant : c’est pourtant tout un maillon de chaîne de comportements irresponsables qui entraîne la conséquence mais la fameuse « loi du silence », et la norme la moins exigeante s’imposent…de fait…

L’être humain a tendance à tenir à distance les conséquences : tant qu’il ne voit pas, il n’agit pas : et dans les cas des prothèses mammaires de PIP, au-delà du mépris et des menaces du dirigeant, c’est bien un des facteurs qui a conduit au silence des employés : « on ne voit pas les clientes » …l’enjeu est donc bien de découvrir quelles sont les situations qui nous incitent à exprimer nos valeurs et quelle sont celles qui nous inhibent,  les peurs qui nous parasitent et qui peuvent nous conduire à des choix limites et non éthiques vis-à-vis de nous-mêmes, de notre entreprise et envers la société.

 

Rien n’est noir ou blanc, on n’est pas « éthique ou pas », l’articulation entre l’éthique individuelle et collective est certes difficile à trouver, mais les salariés doivent comprendre les enjeux éthiques de leur entreprise pour y évoluer avec le moins de conflits de valeurs possibles (le lien avec la qualité de vie au travail et la performance collective de l’entreprise est évident) tout en étant capable de s’exprimer face à des situations entrant en conflit avec leurs valeurs.

Pour conclure, comment s’y prendre ?

 Une première étape collective pour l’entreprise est déjà de prendre conscience des dilemmes éthiques qui peuvent survenir, de faire une cartographie simple des risques en s’appuyant sur les enjeux du secteur pour ensuite interroger les processus, les métiers et les pratiques…

  • Dans un second temps, la formalisation à travers un code de conduite, des procédures, des dispositifs de mise en conformité et de la formation permettra de structurer la démarche et de la valoriser en interne comme en externe pour jouer sur l’image et entraîner les parties prenantes.

 

Dans tous les cas, l’entreprise ne devra surtout pas oublier deux conditions essentielles

  • Le lien entre éthique et performance,
  • L’exemplarité du dirigeant !

 

[1]Les organismes publics sont responsables de la mort d’une PME sur 3 en France (source Médiation interentreprises)

triiéchets

LE TRI À LA SOURCE DE CERTAINS DÉCHETS EST MAINTENANT DE MISE POUR TOUS LES ÉTABLISSEMENTS PRIVÉS ET PUBLICS

Soyez vigilants sur le tri à la source de certains déchets…désormais, depuis le 1er juillet, toutes les organisations privées ou publiques doivent trier à la source le papier, le plastique, le verre, le métal et le bois (obligation issue du décret du 10 mars 2016 pris en application de la loi sur la Transition Energétique et la Croissance Verte) : les seuls à y échapper sont ceux qui produisent moins de 1100 litres par semaine et qui utilisent les services de la collectivités : autant dire que les problèmes des petites quantités non valorisées ne sera pas résolu avec ce décret, surtout quand on se réfère aux nombre de petits commerces et de TPE collectés par les collectivités. Néanmoins, ce tri à la source a le mérite de faire un pas vers l’économie circulaire en espérant qu’il permette de rehausser les taux beaucoup trop faibles de valorisation de ces déchets (le taux de recyclage du papier de bureau est par exemple estimé à 30 % environ). Faites attention aussi aux papiers de bureau, le décret donne des échéances très précises d’entrée en vigueur en fonction de l’effectif des établissements. Même les PME de 20 personnes sont concernées…alors c’est peut-être l’occasion de mutualiser non ?

N’hésitez pas à nous consulter pour plus d’informations.

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LE DÉVELOPPEMENT DURABLE DANS LES ÉTABLISSEMENTS DE SANTÉ : DES ENJEUX PRÉGNANTS ET DES SOURCES D’ÉCONOMIES POTENTIELLES !

Le développement durable dans les établissements de santé : des enjeux prégnants et des sources d’économies potentielles !

La prise de conscience des enjeux du Développement Durable par l’ensemble des acteurs de la santé est désormais de plus en plus effective. D’ailleurs, aujourd’hui, le développement durable est inscrit dans la certification HAS (Haute Autorité de Santé) depuis 2010, ce qui veut dire que les établissements de santé et les établissements médico-sociaux, au cœur des enjeux de la société, sont inévitablement conduits à intégrer ce changement pour se positionner quant à leur responsabilité sociale, sociétale et environnementale. Plus spécifiquement, on parle de RSE, autrement dit de la Responsabilité Sociétale de l’Entreprise ou de RSO (Responsabilité Sociétale de l’Organisation) : ceci signifie qu’il est de la responsabilité des établissements de santé d’intégrer ces nouveaux enjeux pour leur permettre de délivrer des soins de haute qualité, tout en recherchant l’efficience économique, l’équité sociale et le respect de l’environnement.

Tout d’abord, en termes d’efficience économique, on peut clairement affirmer qu’il y a de quoi faire…

Surtout au niveau de la gestion des déchets : les DASRI (Déchets d’Activités de Soins à Risques Infectieux) peuvent se révéler un vrai gouffre financier quand ils sont mal gérés…quand on voit certains médecins jeter dans les blocs opératoires des déchets à risques infectieux dans des poubelles réservées aux déchets assimilables aux ordures ménagères, c’est toute la poubelle qui sera traitée au prix fort ! Dommage et ce geste anodin en apparence ne fait qu’accentuer les injonctions contradictoires pour le personnel technique qui n’y comprend plus rien. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : 700 000 tonnes de déchets produits par an ! Faites-le compte.

Mais l’eau n’est pas en reste non plus : en moyenne, 470 litres d’eau sont consommés par lit et par jour !

Sans parler du gaspillage alimentaire dans les cantines, 264 grammes par personne et par jour, un vrai record puisque ce taux dépasse celui de la restauration commerciale et scolaire.

Alors oui, si on regarde bien et de plus près, il y a beaucoup de gaspillage mais des sources d’économies sont possibles ! Il faut ensuite voir les investissements que cela demande et c’est souvent là que le bât blesse, car les marges de manœuvre sont très faibles au niveau budgétaire. Mais avec un peu de bon sens, des bons gestes et des réglages, on peut faire avancer les choses, et nombre d’hôpitaux peuvent en témoigner.

Les établissements peuvent trouver des solutions pratiques pour réduire ces pertes :  des établissements ont réussi à faire 30 000 euros d’économies sur 1 an en gérant mieux leurs DASRI , d’autres ont installé des réducteurs de pression dans les douches, ou encore certains ont fait le choix de recueillir les préférences alimentaires ou d’adapter les quantités selon les besoins.

Nous vous invitons aussi à aller voir les actions des hôpitaux de Tours, de Rouen, de Poitiers, ou d’Alès assez exemplaires dans le domaine : nombreuses filières de tri, bilan carbone, plan de déplacement entreprise, éco-conduite, qualité de l’air intérieur, nettoyage des chambres à la vapeur, achats de produits d’entretien écolabellisés et de cosmétiques bio, toiture végétalisée etc etc. Certes, certaines actions sont plus faciles à réaliser à la construction d’un bâtiment neuf et les établissements souffrent souvent de la vétusté des équipements…mais si on porte de nouvelles lunettes, il y a forcément des choses qui peuvent être faites à un coût maîtrisé et avec un retour sur investissement rapide.

En terme strictement environnemental, il ne faudrait pas non plus oublier les enjeux énergétiques et carbones, les deux étant nécessairement fortement reliés. Quand on sait que le bâtiment hospitalier est responsable de 11 % de la consommation énergétique du secteur tertiaire (par le chauffage et la climatisation), on se dit là aussi qu’il y a de quoi faire, d’autant plus que ce sujet est devenu réglementaire : et oui, les hôpitaux doivent comme tout un chacun réaliser leur bilan de gaz à effet de serre tous les 3 ans : pourtant, nombreux sont ceux qui n’ont pas encore engagé la démarche :  et de notre point de vue, s’ils s’engagent juste pour être conformes à la réglementation, nous n’y voyons pas l’intérêt (excepté mieux gérer les risques) : les établissements doivent aller au bout de la démarche et exploiter le rapport de préconisations (et c’est bien ce qui est le plus difficile…), car derrière ces déploiements, se cachent de belles sources d’opportunités en terme d’économies et d’image sur le territoire (en autres). Et cerise sur la gâteau, elles agissent pour le climat !!

Quant à l’équité sociale et le bien-être au travail, ce sujet est aussi très vaste : mais là encore, on est au sommet parfois des contradictions : le personnel hospitalier étant confronté à une grande souffrance au travail… les Risques Psychosociaux n’ont jamais été aussi prégnants dans ce secteur. Le personnel manque clairement de moyens pour réaliser efficacement son travail, il doit toujours aller plus vite et même parfois sacrifier la qualité du soin au détriment de la rentabilité, et oui pour les hôpitaux, qui sont parfois au bord du gouffre, on en vient « en grossissant légèrement le trait » à parler de rentabilité. La tarification à l’activité a certes accéléré ce système inflationniste, mais ce qui est certain c’est qu’à trop vouloir rationaliser le système dans une stratégie de soins de masse, on est peut-être tombé dans un excès inverse, au détriment de la qualité, du contexte et du bien-être du personnel hospitalier : à écouter les personnels hospitaliers dans nos formations, ils sont presque tous unanimes sur la dégradation des relations au travail et des conditions de travail. Un comble pour eux qui se sont engagés dans ces métiers pour servir les autres et qui du coup, ne peuvent plus réaliser leur métier selon leur valeur ! Et nécessairement, cela coule de source, l’absentéisme est très prégnant (10 % de taux d’absentéisme dans la fonction publique hospitalière) et le burnout aussi…

Mais restons optimistes ! Cela avance, car aujourd’hui, 80 % des établissements ont inscrit le développement durable dans leur projet d’établissement : il ne reste plus qu’à réellement déployer les actions pas à pas, en fonction des marges de manœuvre, avec pertinence et bon sens. Sans oublier la congruence…

Et de fait en terme de congruence, l’hôpital se doit d’être exemplaire, c’est d’ailleurs ce que nous avait rappelé à l’époque Mme Bachelot, Ministre de la santé, « l’hôpital a par sa vocation, ses missions, ses activités, une plus grande responsabilité et un grand devoir d’exemplarité dans la mise en place d’une stratégie de développement durable ».

Et justement pour se montrer exemplaires, les établissements doivent porter une démarche porteuse de sens et motivante pour tous. Et l’implication de tous passe nécessairement par une motivation de la direction, une prise de conscience des enjeux par l’ensemble du personnel de ces établissements et par l’intégration du développement durable dans les pratiques métiers et écogestes au quotidien !

Si vous avez des besoins d’accompagnement sur le sujet du déploiement de la RSE dans les établissements de santé, n’hésitez pas à faire appel à nous.

Citation : « le peu que l’on peut faire, le très peu que l’on peut faire, il faut le faire » Théodore Monot